La qualification historique d’Haïti pour la Coupe du monde a offert au peuple haïtien un souffle de joie, un moment de fierté dans un quotidien marqué par la souffrance. Pourtant, malgré l’explosion de bonheur qui a envahi les rues et les réseaux sociaux, la réalité nationale demeure implacable : rien n’a vraiment changé.
Le pays reste plongé dans une insécurité chronique. Des milliers de familles ne peuvent toujours pas rentrer chez elles, chassées par la violence des groupes armés. Des quartiers entiers restent inhabités, vidés de leur population par la peur et l’instabilité.
À Port-au-Prince et dans ses environs, les affrontements se poursuivent. Des policiers perdent régulièrement la vie dans l’exercice de leurs fonctions, fragilisant davantage une force publique déjà affaiblie. Cette insécurité étouffe les espoirs et sape le moral de la population.
Dans le Plateau Central, comme dans d’autres régions du pays, les habitants continuent de pleurer des proches tués par des balles perdues ou des attaques ciblées. La violence n’épargne ni les zones urbaines ni les zones rurales, renforçant un climat d’angoisse généralisée.
Le système de santé, quant à lui, demeure au bord de l’effondrement. De nombreux hôpitaux sont dysfonctionnels, manquent de matériel ou de personnel, ou sont tout simplement inaccessibles à cause de la violence. Les malades restent livrés à eux-mêmes, alors que les besoins humanitaires augmentent chaque jour.
L’éducation suit la même trajectoire inquiétante. Dans plusieurs zones, des milliers d’enfants ne parviennent toujours pas à reprendre le chemin de l’école. Entre déplacements forcés, établissements détruits, routes dangereuses ou la simple peur de sortir, une génération entière se trouve menacée.
À cela s’ajoute une autre réalité accablante : quasi la totalité du pays vit dans le blackout. Certaines régions sont plongées dans l’obscurité depuis plus de huit ans, sans accès à une alimentation électrique régulière. Cette absence de courant affecte tout : sécurité, commerce, santé, éducation, communication. Un pays sans lumière peine à avancer.
Ainsi, derrière la qualification mondiale, Haïti continue de s’éteindre lentement. Le pays glisse chaque jour un peu plus dans une crise profonde, où les victoires sportives, aussi précieuses soient-elles, ne parviennent pas à masquer la détresse nationale.
La question demeure : la participation d’Haïti à la Coupe du monde peut-elle réellement changer quelque chose ? Beaucoup en doutent. Malgré le message d’unité et de courage envoyé par les joueurs, ni l’État ni les groupes armés ne semblent prêts à inverser la tendance.
Le football a offert une lumière dans l’obscurité, mais il ne pourra pas, à lui seul, reconstruire un pays qui se meurt. Tant que les responsables de la crise, quels qu’ils soient, refusent d’agir, Haïti continuera de sombrer, malgré les exploits de ses Grenadiers sur la scène mondiale.
Pourtant, il est vrai que la qualification est récente. Mais, pour une fois, gardons la foi : peut-être que ce moment d’unité pourra servir de point de départ à une nouvelle vision, à une nouvelle volonté de reconstruire le pays. Que cette victoire soit non seulement un symbole de fierté, mais aussi le premier pas vers un véritable renouveau pour Haïti.