Plus d’une décennie après le séisme dévastateur de 2010, les séquelles humaines,
sociales et institutionnelles demeurent profondément ancrées dans la société haïtienne.
Le 12 janvier 2010, Haïti a été frappée par l’un des séismes les plus dévastateurs de l’histoire contemporaine. À 16 h 53, un tremblement de terre d’une magnitude comprise entre 7,0 et 7,3 sur l’échelle de Richter a secoué le pays. L’épicentre était situé à environ 25 kilomètres au sud-ouest de Port-au-Prince, près de la ville de Léogâne.
Les zones les plus touchées ont été Port-au-Prince et sa région métropolitaine, ainsi que Léogâne, Jacmel, Carrefour, Pétion-Ville, Delmas et Gressier. Léogâne, proche de l’épicentre, a été détruite à près de 90 %. Selon les Nations Unies, de vastes quartiers de la capitale, densément peuplés, ont été presque entièrement rasés.
Le bilan humain a été catastrophique. L’ONU estime que le séisme a causé plus de 280 000 morts, environ 300 000 blessés et laissé près de 1,3 million de personnes sans abri. Des centaines de milliers de familles ont perdu des proches, plongeant le pays dans un deuil collectif durable.
Les institutions de l’État ont été lourdement affectées. Le Palais national et le Palais législatif ont subi d’importants dégâts, tout comme de nombreux ministères. Le siège de la Mission des Nations Unies à Port-au-Prince, situé à l’hôtel Christopher, s’est effondré, entraînant la mort de 102 membres du personnel onusien, un choc majeur pour l’organisation internationale.
Le système de santé s’est rapidement retrouvé paralysé. Plusieurs hôpitaux ont été détruits ou rendus inutilisables au moment même où des milliers de blessés affluaient. Les secours ont dû intervenir dans un contexte d’urgence extrême, marqué par un manque criant de ressources, d’équipements et d’infrastructures fonctionnelles.
Le secteur éducatif n’a pas été épargné. Des centaines d’écoles et d’universités ont été détruites, interrompant brutalement la scolarité de milliers d’enfants et de jeunes. Cette rupture a accentué les fragilités sociales et économiques déjà existantes, notamment au sein des populations les plus vulnérables.
Dans les mois et les années qui ont suivi, Haïti a bénéficié d’une aide internationale massive. Des milliards de dollars ont été promis pour la reconstruction, la relance économique et le renforcement institutionnel. Toutefois, une grande partie de ces fonds a été gérée par des acteurs étrangers, dispersée dans des projets peu coordonnés ou entravée par la mauvaise gouvernance et la corruption, suscitant de nombreuses critiques quant à l’efficacité réelle de cette aide.
De 2010 à aujourd’hui, le pays est resté dans une situation de grande fragilité. L’instabilité politique chronique, la crise économique, l’insécurité et la montée en puissance des gangs armés ont aggravé les conditions de vie de la population. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a régulièrement souligné la nécessité de restaurer la sécurité, la démocratie et la bonne gouvernance pour espérer une amélioration durable.
Seize ans après, les conséquences du séisme demeurent visibles. De nombreux survivants vivent encore avec des séquelles physiques et psychologiques, tandis que la précarité touche une large partie de la population. Selon l’ONU, la catastrophe de 2010 continue d’avoir un impact profond sur la situation humanitaire et sociale du pays.
Chaque année, le 12 janvier donne lieu à des commémorations et à des hommages aux victimes. Les Nations Unies ont rappelé à plusieurs reprises que ces dernières « ne seront jamais oubliées » et ont réaffirmé leur engagement aux côtés du peuple haïtien.
Mais au-delà du souvenir, cette date soulève une interrogation : comment expliquer qu’après une mobilisation internationale sans précédent, Haïti demeure encore aujourd’hui confrontée à une reconstruction inachevée et à une crise multidimensionnelle ? Entre mémoire, espoirs déçus et quête d’avenir, le 12 janvier reste un symbole fort du drame haïtien et des défis non résolus de la reconstruction.