Avec peu d’aide internationale, la police haïtienne et des civils armés lancent des opérations pour reprendre les quartiers contrôlés par les gangs, sur fond de blocage politique.
PORT-AU-PRINCE — Lorsque des unités spécialisées de la police haïtienne, appuyées par une force de drones, ont franchi les barricades et investi la maison de l’un des chefs de gang les plus redoutés du pays, le message était clair : ils pouvaient frapper, où et quand ils le souhaitent. La résidence ciblée appartenait à Jimmy “Barbecue” Chérizier, porte-parole de la coalition de gangs Viv Ansanm, dans le quartier Delmas 6.
Les forces de l’ordre y sont restées deux heures avant de détruire la maison et une propriété adjacente. Bien qu’aucun chef de gang majeur n’ait été capturé ou tué, cette opération marque un tournant : les forces de sécurité, avec l’aide de drones, commencent à reprendre le dessus sur les groupes armés qui dominent la capitale.
« C’était un signal pour les autres gangs : la task force peut frapper n’importe où, n’importe quand », a confié une source proche de l’opération au Miami Herald.
La Rue Jean-Jacques Dessalines, l’une des principales artères de la ville, est redevenue temporairement praticable. Une vidéo montre un bulldozer blindé déblayant des véhicules incendiés, suivi par une file de voitures civiles.
Bien que le chemin reste long, les forces spéciales de drones, dirigées par la firme de sécurité américaine Vectus Global, enregistrent des succès. Leur modèle opérationnel inclut l’utilisation de drones armés, de mitrailleuses de calibre .50 sur véhicules blindés, et une coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti, et la mission internationale dirigée par le Kenya.
Cependant, les erreurs de tirs de drones, dont une qui a causé la mort d’enfants, ont suscité la colère des habitants et des défenseurs des droits humains. Selon les opérateurs, chaque frappe est précédée d’une surveillance minutieuse et de messages d’avertissement.
Malgré ces controverses, les autorités affirment que les pertes de véhicules blindés ont chuté à zéro depuis l’adoption de ces nouvelles tactiques. Le Directeur de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, confirme que les chefs de gang fuient en envoyant leurs soldats en première ligne. « Je n’ai pas encore vu de général sur le champ de bataille », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
Avec moins d’un policier pour 1 000 habitants, la PNH manque cruellement d’effectifs. Un nouveau programme d’accélération, soutenu par les États-Unis, a permis à 877 recrues de rejoindre les rangs cette semaine. L’objectif : ajouter 4 000 agents d’ici un an.
Alors que les gangs continuent de s’étendre en province, les opérations permettent la réouverture de routes stratégiques, selon un rapport de l’ONU. Mais le bilan est lourd : 973 morts dont 39 civils, dont 16 enfants, entre mars et décembre.
Le recours accru à des firmes privées suscite débat. En plus des opérations de drones, l’État haïtien a signé un contrat de 10 ans pour renforcer la sécurité aux frontières et dans les ports, en échange d’une part des revenus douaniers.
Paraison a reconnu que seule une infime partie des 110 points frontaliers avec la République dominicaine était sous contrôle de l’État. « On a tout essayé en Haïti, a déclaré un responsable. Donnons une chance au secteur privé. »
Lors de la cérémonie de remise de diplômes aux nouvelles recrues, Henry Wooster, chargé d’affaires à l’ambassade américaine, a lancé un message clair aux acteurs politiques : « Le maintien d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement est essentiel pour restaurer la stabilité. Ceux qui soutiennent les gangs violents seront tenus responsables. »
Malgré des avancées fragiles, certains y voient une lueur d’espoir. « Mon objectif, c’est que d’ici la fin de l’été, on puisse circuler librement de Cap-Haïtien à la frontière dominicaine, sans être agressés », a conclu un membre de la task force.